Twenty Years Mum

Avoir un bébé zèbre à la maison.

Posted on: 14 janvier 2015

Alors non, cet article ne parlera pas de zoologie. Les zèbres, c’est la manière jolie d’appeler les gens un peu en avance sur les autres, ce qu’on appelle, dans un jargon un peu plus brutal, les HPI (Haut Potentiel Intellectuel), les Précoces, les Surdoués (qui bien souvent ne se sentent pas si doués que ça, mais on y reviendra plus tard). Je vous préviens d’avance, je pense que ce post va être très long, parce que j’ai énormément de choses à dire sur le sujet.

Si j’en parle, déjà, c’est parce que je sais ce que c’est. Diagnostiquée à 6/7 ans après avoir sauté une classe, et dans l’optique d’en sauter une seconde. QI de + de 145 (et pourtant au final, je pense que le QI ne veut pas dire grand chose. Du moins, je pense que seul, il ne signifie rien. il doit être couplé à l’ouverture au monde, l’interêt que l’enfant porte à son environnement, sa curiosité, sa soif d’apprendre. Sans doute que ma mère avait déjà la puce à l’oreille, comme je l’ai moi même avec mon fils.

Est ce que c’est parce que je suis zèbre que je suis plus sensible à l’éveil de mon bébé ? Sans doute, entre individu du même monde, on se comprend, n’est ce pas ? J’ai mis du temps à le comprendre, à l’accepter. Parce que j’en avait souffert, moi, au fil de ma scolarité, au fil de ma vie. Attention, c’est pas un discours du style « Ouuuuuuh qu’est ce que c’est dur d’être plus intelligent que tout le monde ! ». D’abord parce que je ne me sens pas plus intelligente que tout le monde. Mais plutôt parce qu’être zèbre, ça s’accompagne de beaucoup de choses, de sentiments, qui ne sont pas forcément faciles à gérer, qu’on ait 3 ans ou 23. L’hyper sensibilité, l’hyper émotivité, l’impulsivité… Tous les sentiments sont exacerbés. Souvent les zèbres sont hyperactifs aussi, n’arrivant pas à contenir le trop plein qui les caractérise. D’ailleurs, les mots qui reviennent le plus souvent quand on discute avec des parents de zèbres, c’est : « Il/elle est épuisant(e) », « Je n’arrive pas à le/la suivre », « Je sais plus quoi faire ».
Pour mon Ourson, j’ai commencé à réaliser qu’on prenait ce chemin là grâce à ma maman, qui avait déjà vécu ça. Moi, j’avais mis ses crises de larmes, ses changements brusques d’humeur, son besoin d’être en mouvement en permanence, sur le compte d’un enfant un peu turbulent. Il y avait bien le reste, à côté, sa demande constante d’aller plus loin dans les apprentissages, et ce très tôt, mais ça… Pourquoi pas ? Et puis on a commencé à mettre des mots sur ses émotions. Pourquoi être heureux le faisait pleurer ? Le simple fait de se promener lui tirait des larmes, de joie. Et quand il ne pleurait pas, il était dans l’euphorie la plus totale, tout à fait exagérée. Et au contraire, les peines devenaient (et deviennent toujours) un desespoir sans nom, tandis que les colères (normales chez un enfant qui apprend les règles et donc la frustration possible qu’elles apportent) se transformaient en crise d’hystérie, sans qu’il ai un brin de méchanceté en lui. Ses colères étaient des ouragans qui balayaient tout sur leur passage. C’est ça, l’Hyper. Hyper-tout. C’est le fait de ne jamais connaître de demi-mesure. Tout blanc, ou tout noir, en permanence. Et je le sais bien, puisque c’est pareil pour moi. Je ne suis jamais « juste ». Je passe de la joie la plus totale, à la tristesse la plus profonde. Et c’est difficile à vivre pour un adulte, alors pour un enfant de 3 ans, je n’imagine pas. Et je ne m’en rappelle pas non plus.

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L’entrée à l’école a été le deuxième soucis pour nous. Avant ça, je gérais les apprentissages. Il était en demande, et je lui apportait ce qu’il me demandait, allant du dessin basique jusqu’à l’écriture (qu’on lui écrive des mots). A deux ans, il reconnaissait les chiffres dans les logos des chaînes télévisées, et dans la même année il reconnaissait presque toutes les marques de voitures à leur logos. Il lisait l’alphabet aussi (et me décortiquait lettre par lettre les mots sur les briques de lait.). Il est entré à l’école à 2 ans et demi, parce qu’il en avait besoin, parce qu’il le voulait, il était propre, et que je ne savait plus vraiment quoi faire. Au niveau graphisme, il faisait des trucs de Petite Section, et j’avais peur de trop le pousser. Donc il est allé à l’école.

Et ça a été un peu compliqué, très honnêtement. Parce que s’il était très heureux d’y aller, deux problèmes se posaient :
L’avance qu’il avait pris avant d’entrer, lui posait un problème d’ennui. Etant en Toute Petite Section, la première année se consacrait à la vie en communauté, l’apprentissage des règles de l’école, l’autonomie… Du coup, la partie vraiment scolaire était constituée de puzzles, coloriages, pâte à modeler… Tout ce qui ne l’interessait pas. Et comme il s’ennuyait, il faisait le clown, embêtait ses camarades, perturbait la classe… Tant de réflexions lancées à mon adresse par la maîtresse à la sortie de la classe, comme si je ne savais pas gérer mon enfant. Moi je sais. Je le connais. Elle non, comme beaucoup d’enseignants qui ne sont pas formés, et qui n’ont pas le temps (dans des classes à 25 gamins) de se concentrer sur un seul.
Le décalage, entre son intellect et son émotif. Si sur le plan apprentissage il est en avance (à l’heure actuelle, à la maison, il est quasiment sur du niveau fin de Moyenne, début de Grande (attesté par une connaissance professeure en maternelle), sur le plan émotif c’est un enfant de 3 ans et demi tout ce qu’il y a de plus normal, avec ses frustrations, ses tests de nos limites, des siennes, son envie de faire un peu ce qu’il veut. Lors de sa première année d’école, lorsqu’il s’ennuyait à cause de son avance, il se plaçait en position de frustration. Et comme la frustration engendre la colère, il s’en prenait à ses copains pour se défouler. « Il a tapé… », « Il a mordu… », « Il a poussé… ». Une rengaine que nous avons entendu toute l’année. Mais que faire ? Les discussions n’ont pas suffit, parce que la source est bien plus profonde.

J’ai l’impression de ne pas être écoutée, de ne pas être prise au sérieux. J’ai appelé le CAMS. Nous sommes sur liste d’attente depuis Mars 2013 malgré les relances ! MARS 2013 ! « Avant 4/5/6 ans on ne peut pas poser de diagnostic sérieux ». Alors en attendant, que doit-on faire ? Comment gérer ce qui nous dépasse, lorsqu’on essaie de pas impliquer sa propre sensibilité de maman, de zèbre ? Dois-je l’accompagner, toujours plus loin, tant qu’il demande ? Le freiner pour qu’il ne prenne pas trop d’avance (au risque de le frustrer) ? Comment l’aider à canaliser ses émotions pour qu’elles ne le rongent pas et ne l’emprisonnent pas comme elles l’ont fait avec moi ?

Il faut savoir aussi que Zèbre ne veut pas dire réussite scolaire, bien au contraire. En étant peu ou mal accompagnés, on se retourne souvent en échec, les méthodes de l’école ne nous conviennent pas. Nos analyses se font différemment. Et pourtant, on est coincés dans ce cadre qui nous opprime, avec l’interdiction d’en sortir sous peine d’être sanctionné. Du coup, je m’inquiète pour l’avenir de mon fils. Saura-t-il s’adapter, voudra-t-il le faire, d’ailleurs ? Tant de questions qui restent en suspens.

Cette année, on m’a prévenue dès le départ. « Dans ma classe, un petit reste un petit ». Même en double niveau, pas d’adaptation pour les enfants un peu en avance. Alors à la maison, je l’accompagne. On l’accompagne. Et à 3 ans et demi (presque 4 ans), il fait des puzzles de 60 pièces, il écrit en majuscules script, il commence les minuscules script, il commence à déchiffrer des mots en syllabique, il lit presque l’heure et la reproduit lui-même… Il aime ça, il est en demande. Je ne le pousse pas, je l’accompagne

On ne dompte pas un zèbre. On marche avec lui.

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